Carnet de voyage, morceaux choisis…

Le retour. Sans doute plus difficile que le depart. J’ai laissé derrière moi les couleurs, les odeurs, la chaleur, pour retrouver le ciel gris et un temps d’automne…. Pas le temps d’aterrir et deux jours plus tard, je me retrouve deja sur les bancs d’un amphi pour ma rentree en licence de sciences politiques. Ma tête est encore pleine d’images aux accents oniriques mais institutions europeennes, histoire des partis et autres barbaries s’invitent et tentent de les remplacer. Début d’une autre histoire…

 Mais avant de m’attarder sur ce retour pluvieux, je vous invite à entrer là ou personne n’est jamais allé : je vous offre une immersion dans les profondeurs de mon carnet de voyage, carnet que j’ai tenu presque quotidiennement pendant deux mois. Morceaux choisis.

 

  

Kathmandu, le 4 juillet.
J’en ai rêvé. Des jours et des nuits. Sans vraiment oser y croire. Et sans oser vraiment le dire. A présent que tout prend forme, j’ai l’impression de ne pas avoir assez de mes sens pour tout voir, tout entendre, tout sentir. Tout ressentir.
Et il y la solitude qui effraie tant de gens. Mais qui pour moi est une amie en même temps qu’une ennemie. Elle me cajôle, je la chéris. Elle me trahit, je la maudis. Etre seule, c’est savoir faire face à ce que l’on est vraiment. C’est laisser toute la place aux mots, aux regards, aux sourires. Et c’est aller vers les autres. J’espère que pendant ces deux mois, je vais oublier d’où je viens. Oublier le ciel gris du Nord. Oublier les contraintes. Oublier toutes ces habitudes routinières que je ne remarquais même plus mais qui rythmaient ma vie. Sans surprise. Sans rencontres inattendues.
Sur mon guide du routard il y a ce type qui a des faux airs de Tom Cruise, de Nicolas Hulot, d’Emile Hirsch et qui se prend pour mister monde 2008 . Le type idéal sans doute, si on en faisait un agrandissement. En même temps, en 15 heures d’avion, j’ai eu le temps de me l’imaginer grandeur nature, et d’en faire l’homme parfait. Il marche, plein de détermination, comme si d’un pas, il pouvait faire le tour de la terre. Va sur ta route ; ris et pleure. Sanglote et rappelle-toi. C’est ce qu’il dirait s’il pouvait parler. La mienne de route elle me mène loin de tout ce que je connais depuis 20 ans.Tout un symbole. Certains parleront de voyage initatique. D’autres, de rite de passage. Pour moi, c’est rien de tout ça. C’est juste l’envie de rire, de pleurer, de voir, d’avoir peur, d’écouter, de découvrir, de comprendre, de partager. De vivre.
J’en ai rempli des pages et des pages en 20 ans. Ecrire. Respirer. Ma plume suit chaque battement de mon coeur. Et comme il bat trois fois plus fort depuis que je suis partie, ce que j’écris résonne trois fois plus fort. J’en ai la tête qui tourne. Ivre du matin au soir.
Tant de gens ont un esprit trop petit pour y faire entrer le monde…
 
Pashupatinath, le 7 juillet.
On va mourir. Aujourd’hui, demain. Ici ou ailleurs. La route n’est pas sans fin. Et pourtant j’y croyais. Le sentiment d’immortalité ne survit pas plus d’une vingtaine d’années. J’ai peur de ne pas avoir le temps. Et de gâcher celui que j’ai. J’envie ceux qui avancent, qui comblent les silences et qui survolent les absences. Moi je cherche. Des mots, des gens. Celui qui me manque. Celle qui m’attend. L’enfant qui sourit. Et la veuve qui pleure. Je vis dans le flou, mais pas en demi-teinte. Je vis trois fois plus fort. Et je me laisse happer par le silence.

Ici, la vie ne parle plus. Le mystère de l’au-delà est trop fort. J’accepte enfin de ne pas tout comprendre. Et plus que jamais, je crois…

Kathmandu, le 3 Août.
Parce que partir, c’est commencer à ressentir le manque. Parce que partir, c’est prendre conscience que l’on vient de quelque part. Parce que partir c’est aussi se rendre compte de ce à quoi on tient vraiment. Ok, pour une fois je vais pas y aller par quatre chemins : le Nutella me manque. La baguette me manque. Je me surprends à concentrer mes pensées, le soir avant de dormir, sur l’image d’un morceau de baguette tartiné de la célèbre pâte à tartiner-dont-il-ne-faut-pas-citer-le-nom-parce que-c’est-mieux-de-pas-faire-de-pub. J’ai lu quelque part que le principe de nationalité reposait sur deux principe, le droit du sol et le droit du sang. Personnellement, mon sentiment d’être française n’a jamais été aussi fort que maintenant et surtout, il est intimement rattaché au Nutell…bip.
Alors Rousseau, t’avais tout faux…
Pokhara, le 13 Août, pendant ma semaine passée a la Rainbow Children Home.
Envolés. Fadasse naïveté. Lyrisme à deux balles. Paradigmes artificiels. Tout ce qu’on a dit, ce qu’on veut nous faire croire. Merde. J’ai lu l’avenir dans les fumées d’encens. Tout est trop sombre. Les pauvres. Les riches. Et les mêmes combats depuis tant d’années. Ici les gens meurent, étouffés. Par des conflits politiques, des massacres maoïstes et par une vie aux horizons trop petits. Je me sens inutile. Est-ce que se battre à 20 ans c’est être résigné à 40 ? La candeur de la jeunesse, les mots d’Apollinaire et Rimbaud qui est déjà passé par là. Tant de gens ont ressenti la même chose que moi et tant de gens le ressentiront un jour. Le malaise, la frustration, le sentiment d’injustice, l’envie de crier pour un peu plus d’égalité et cette lame, cinglante, qui s’abat chaque fois que mes yeux croisent ceux de l’enfant qui mendie.J’ai promis de rester sage. De ne pas m’emballer, de na pas critiquer, de ne pas finir derrière des barreaux. Alors je me tais. Mais je ne peux pas m’empêcher de vouloir tout graver en en blessant jusqu’au papier. Effroyable nausée. Ecrire ici que le monde tourne à l’envers. Que j’ai la trouille. La trouille de ce monde de plus en plus carnassier, qui écrase ceux dont les poches sont vides. Et que la peur, ce n’est rien à côté. 

Arrivée en Inde, le 20 Août.

J’envie le premier homme, venu d’Occident qui a découvert tout ça. Spectacle immaculé. Bienvenue Ailleurs. Tout le monde descend.Ok. Je ne comprends pas grand chose. Système millénaire qui pourtant garde encore jalousement tous ses mystères. Je m’efforce de ne pas juger. Mais je prends un plaisir démesuré à tout observer. Et j’adore. Encore mieux que dans mes rêves.

Situations caucasses qui s’enchaînent. Tout reprend de l’importance. Des gestes élémentaires qui s’habillent d’une dimension extraordinaire. Au sens littéral. Hors de l’ordinaire. Hors des sentiers battus. Hors du temps.
 J’envie Ella Maillart. La folie l’habitait. Bienvenue au pays de la déraison. Tout le monde descend. Si le génie de la lampe s’invitait, je lui demanderais de faire de moi sa digne héritière.

 
 
 
 
 
 
 

 

 

      

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

              

 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/09/2008

3 Réponses pour “Carnet de voyage, morceaux choisis…”

  1. Redigé par Christophe:

    Ton récit réveille en moi de nombreux souvenirs. Après un séjour au Népal, on ne peut oublier l’expérience vécue. Je n’ai qu’une envie: y retourner!

  2. Redigé par Raf:

    T’as un vrai talent d’écrivaine.
    Je suis rentré moi aussi. On attend plus que Clothilde pour repartir en voyage…
    Bravo pour ce joli article.

  3. Redigé par clotilde:

    coucou les copains !

    merci pour vos deux blogs, tellement différents et tellement super tous les deux. J’ai hâte hâte de partir à mon tour. Je décolle pour Beyrouth le 2 octobre, et puis je fais route pour damas, j’attends que ça !

    Bon retour, bon courage pour vous y remettre !

    plein de bonnes choses et encore merci pour ces moments de lecture si beaux et si enrichissants ! pas de doute, vous revenez différents…

    cloclo

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