Les aleas de la mousson.

A force de prendre des douches toute habillee sous la pluie et d’alterner les matinees dans des cyber cafes hyper-ventiles et les apres-midis dehors ou la chaleur est etouffante, j’ai eu droit au R.M.A.N, comprenez rhume de mousson qui atrophie les neurones.

D’ou une semaine d’hibernation.

D’ou un combat acharne contre les assauts du decouragement.

D’ou l’article precedent vraiment pas terrible.

Explication. Ou cours de medecine tropicale.

En grande pedagogue que je suis et pour vous permettre de cerner toutes les subtilites de cette maladie qui ne sevit que dans des contrees lointaines, voici sa description en trois phases.

Phase numero un : une migraine sortie de nulle part vous tombe dessus et ne vous lache plus pendant deux jours au moins.

Mon imagination etant assez fertile, j’ai elabore toute sorte de scenarios sur l’origine de ce mal de tete qui a mis une bonne partie de mon cerveau hors-service : maladie tropicale inoculee par une mouche mutante, effet secondaire d’une trop grande quantite de riz avalee en trois semaines, coup de massue recu sur la tete pendant mon sommeil (ne riez pas, j’y ai vraiment pense…), bref, toutes les hypotheses, jusqu’aux plus fantasques m’ont traverse l’esprit… Jusqu’a ce que la phase numero deux se declare.

Phase numero deux : l’activite principale de votre journee consiste a vider un nombre spectaculaire de paquets de mouchoirs et vous pensez meme appeler le “Guinness des records” pour qu’ils y inscrivent votre nom.

Apres avoir acheve une boite de Doliprane, je decide de me trainer jusqu’a une pharmacie en me disant qu’apres tout, en cette periode de l’annee, ils doivent avoir fait le plein de traitements miracles aux slogans accrocheurs (et prometteurs) du genre “ensemble, nous vaincrons les tracas de la mousson”. J’arrive donc devant ce qui ressemble a une pharmacie et je reunis ce qu’il me reste de neurones en etat de marche pour expliquer dans un anglais desepere que j’agonise depuis plus de trois jours … Tout ce qu’arrive a me repondre le pharmacien c’est… qu’il ne parle pas anglais ! La scene se transforme en “Mimes et compagnie” geant : je lui mime mon agonie, respire en apne, sors trois paquets de mouchoirs et attends sa reaction qui ne se fait pas attendre puisqu’… il eclate de rire ! Il finit par me tendre une plaquette d’un truc qui semble etre un lointain cousin du Fervex. Soulagee, je rentre, avale un comprime, me mets sous ma couette et reve de mes quatre ans et de l’epoque benite ou a la moindre poussee de fievre l’autorite parentale accourait et s’occupait de moi mieux que d’une reine…

Pendant la periode la plus critique de cette phase (qui a dure environ trois jours), mes journees se sont enchainees de facon automatique. Je passais la matinee a somnoler et l’apres-midi, je me trainais jusqu’a un cyber-cafe, restais hypnotisee par l’ecran ou defilaient les vingt-quatre cartes virtuelles que m’envoyaient ma petite soeur pour me redonner du courage (Myriam, je profite de cet article pour te faire des remerciements publics ! ) et dans mes brefs instant de lucidite, je repondais febrilement aux commentaires pimentes de ce cher Raphael. Et puis un beau matin, je me suis reveillee, et j’ai tout de suite senti que j’etais rentree dans la phase numero trois.

Phase numero trois : aaah, votre tete est redevenue legere, les paquets de mouchoirs ne sont plus vos meilleurs amis, vous respirez a nouveau normalement, bref le bonheur ! Enfin presque. Parce que toutes les quinze minutes vous etes pris d’une quinte de toux qui vous decolle les poumons.

Mais apres les deux premieres phases, celle-ci m’a semble presque facile a vivre. En plus, a chaque fois que je faisais un pas dans la rue et que je me transformais en locomotive a vapeur, les gens s’arretaient pour me demander s’il fallait me raccompagner jusqu’a mon hotel, si tout allait bien, si j’avais besoin d’aide, bref… ca ressemblait presque a un retour en arriere, a l’epoque benie que j’ai amerement regrettee pendant la phase numero deux…

Voila, ajoutez a tout cela qu’entre deux, j’ai suis retournee a Kathmandu pour faire les demarches necessaires a mon depart en Inde (que je rejoindrai mi-aout), que celles-ci se sont eternisees a cause d’un probleme informatique, que la fievre me faisait totalement delirer la nuit, que j’ai ete la proie des moustiques qui se sont acharnes sur moi pendant trois jours et vous comprendrez pourquoi, au debut de cet article, j’ai parle de decouragement… Mais meme dans les moments les plus difficiles les rencontres insolites etaient au rendez-vous. En temoigne Jan, un hollandais que j’ai rencontre alors que j’etais affale devant un lassi dans le petit cafe de la Pilgrim House, l’equivalent de la Fnac de Kathmandu. En fait, c’est lui qui est venu me voir. Il m’a tendu un livre de proverbes en anglais, m’a assure que ca me rendrait le sourire et est reparti s’asseoir. J’avoue que sur le moment je me suis demande si ce n’etait pas la fievre qui me donnait des hallucinations. Et puis je me suis levee, je l’ai rejoint et je lui ai demande de me le dedicacer. Ben oui, comme une star. Et je pense meme que la signature d’une vraie star ne m’aurait pas fait davantage plaisir…

Depuis, je suis de retour a Pokhara. Apres cette semaine plutot eprouvante, j’ai choisi de faire le trajet dans un bus deluxe. Certes, le trajet coute une dizaine d’euros (soit le double du prix paye avec une compagnie locale) mais mon cher Routard assurait que le confort etait presque similaire a celui de nos bus francais. Hmmm, tentant ! Alors le matin de mon depart, je me rejouissais de retraverser tous ces paysages magnifiques sans etre en plus secouee comme dans un shaker. Mais ironie du sort : alors que les trajets que j’avais effectues avec les compagnies locales s’etaient deroules sans encombres, cette fois, un des pneus du super bus deluxe avec air conditionne-dejeuner inclus-et- bouteille d’eau offerte a… creve !

Moi qui cherchais l’aventure, je crois que je l’ai trouvee !

05/08/2008

6 Réponses pour “Les aleas de la mousson.”

  1. Redigé par Parents de Raphaël:

    Bravo pour ton spectacle de mime dans la pharmacie,
    dommage qu’il n’y ai pas eu de camescope.
    Prends bien soin de ta santé afin de profiter de la suite.
    A+

  2. Redigé par TDC en chef:

    courage!!! On sait tous que tu es une batante et que ce n’est pas un (para)pharmacien uniluinguiste ou encore un mauvais virus qui vont t’arrêter!! bisous!!

  3. Redigé par TDC en chef:

    BAT”T”ANTE !

  4. Redigé par maman:

    Bonjour ma chèrie.Ainsi tu as souffert du RMAN et tu as regretté le temps ou petite outres les remèdes de ton Papa tu venais chercher calins et chansons que je te fredonnais doucement!!!!!!!!Quand j’ai su que tu ètais malade, j’ai eu envie de te rejoindre.Mais ce n’etait pas dans le contrat et en plus tu t’es vraiment bien dèbrouillee toute seule.BRAVO!!!!!!De plus tu n’as pas perdu ton humour lègendaire et après quelque inquiètude, j’ai bien ri.Ton imagination n’a pas de limite et j’ai bcp apprèciè le coup de massue!!!!!J’espère qu’à prèsent tu vas profiter pleinement de ton voyage.Dis donc la photo de l’officine fait rèver!On imagine assez mal qu’ils vendent des mèdicaments et je vois d’ici ton numèro de mime;cela a du ètre bien rigolo!Ma puce,je vais à prèsent te quitter avec mille bisous .JE T’AIME!!!!!

  5. Redigé par coco babi:

    BIEN CONTENTE QUE TU AILLE MIEUX. C EST LA QUE L ON VOITQUE LES CALINS NOUS MANQUE
    ET QUE L ON APPRECIE PAS TOUJOURS
    TU A L AIR D AVOIR AIME TON VOYAGE BONNE CHANCE POUR L INDE
    GROS BISOUS ET A BIENTOT DE TE REVOIR
    BABI

  6. Redigé par raf:

    Mince, j’espère que tu vas mieux.
    Tes articles sont toujours aussi cool… et je suis fier d’avoir mon nom dans deux d’entre eux. ;-) Et je te rassure, ‘répondre fébrilement’ n’est pas tout à fait le mot. Je commence à croire que j’ai eu de la chance que tu sois malade en fait.
    Je te souhaite bon courage pour la suite, et pout l’Inde.
    Ciao

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